Histoire de Richelieu

Au début du 17e siècle, à l’emplacement du parc de Richelieu, s’élevait déjà un petit château édifié par les ancêtres du Cardinal, en un lieu appelé « Richeloc ». Attaché à la maison familiale où il a passé une partie de son enfance, Jean Armand du Plessis (1585-1642) décide vers 1625 de l’agrandir. En effet, en 1622, l’évêque de Luçon a été promu Cardinal, puis en 1624 il est entré au service du Roi et devient son principal ministre. La demeure de ses ancêtres ne correspond plus à sa nouvelle situation et son ascension politique le pousse à un projet ambitieux, capable de rivaliser avec les plus belles demeures de son époque. Après l’érection de la seigneurie de Richelieu en duché-pairie (1631), Louis XIII autorise Richelieu à créer un bourg clos, une cité idéale portant le nom de Richelieu. Les travaux étaient sous la direction de l’illustre architecte Jacques Lemercier. Issu d’une famille de bâtisseurs parisiens, il fit son apprentissage dans l’atelier paternel. Son séjour à Rome, de 1607 à 1610, finit de lui donner une solide formation. En 1640, la ville et le château étaient quasiment terminés.

Cité idéale

Fondée ex nihilo, la ville nouvelle du cardinal de Richelieu est conçue comme une cité idéale. Tracée au cordeau, elle est régie par des règles mathématiques bien précises. Son plan est très novateur : il s’organise autour de deux places parfaitement symétriques, nommées au 17e siècle Place Cardinale et Place Royale. Le pouvoir bicéphale qui liait Louis XIII et Richelieu se retrouve ainsi dans le plan de la ville. Le programme iconographique du château visait lui aussi à glorifier la monarchie française, à montrer la réussite du gouvernement associé de Louis XIII et de son principal ministre.

Les vingt-huit hôtels particuliers qui bordent la Grande Rue étaient réservés à des notables qui soutenaient la politique de Louis XIII et de son principal ministre. Leurs propriétaires étaient exemptés d’impôts. Le terrain leur a été donné et ils devaient faire construire leurs demeures dans les deux ans qui suivaient, selon les instructions de Richelieu.

L’ensemble ville-château était lié par un réseau hydraulique très perfectionné, qui traversait le parc avant d’alimenter la ville. La ville fut construite près du Mable, qui alimentait les douves du château et de la cité, et elle était alimentée en eau potable.

A la mort de Richelieu en 1642, les beaux hôtels particuliers de la Grande Rue sont mis en vente par leurs propriétaires qui les trouvent trop éloignés de la capitale et de la cour. Quelques décennies plus tard, ce sont les familles de la région qui les rachètent. Au 18e siècle, la population augmente et se concentre intra muros. De nouvelles habitations sont construites à l’emplacement des jardins des hôtels. Les édifices publics sont entretenus régulièrement. Le château est modernisé et mis au goût du jour par le maréchal de Richelieu, Louis-François- Armand de Vignerot (1696-1788). L’histoire de la ville de Richelieu ne s’arrête pas à la mort du Cardinal en 1642. Placée sous la protection des ducs de Richelieu, la cité fondée par le Cardinal reste prospère.

La difficile période révolutionnaire

Lorsque la Révolution éclate, le cinquième duc de Richelieu, Armand-Emmanuel (1766-1822) est en Russie. Son domaine est confisqué. Le duc le récupère mais le vend en 1805 à un marchand de biens. Jean Delamothe, maire de Richelieu de 1802 à 1812, assiste impuissant à la destruction du château par son acquéreur, Alexandre Bontron. Ce marchand de biens revend les pierres et finit de disperser les collections. Napoléon songe un temps à arrêter ce désastre, mais quand il voit l’ampleur des dégâts, il renonce à son projet. Le parc lui-même va être découpé, suite à de multiples transactions et successions.

La cité idéale du grand Cardinal doit traverser la période noire de la Révolution. Son destin bascule. La ville perd ses privilèges, désormais contraires aux nouveaux idéaux. Elle perd aussi son établissement de justice. La ville, chef-lieu de canton, est simplement dotée d’une justice de paix et d’une maison de sûreté. Cette cité conçue comme idéale est confrontée à des conditions financières difficiles et n’a pas les moyens d’entretenir correctement ses édifices publics. Autre source de problèmes, les eaux stagnent dans les douves et occasionnent des flux d’air nauséabonds. En effet, les propriétaires de Richelieu ont aménagé des jardins dans les douves. Les petits murs de soutènement se sont écroulés dans les canaux et les fossés sont devenus un marais fangeux, dégageant des odeurs pestilentielles. Une partie de la population quitte la ville, qui n’est plus guère attractive ni visitée…

Renouveau et transformation du paysage urbain

Dans les années 1830, des maires entreprenants et audacieux n’hésitent pas à donner une véritable impulsion économique à la ville, dont l’urbanisme est remodelé pour répondre aux nouveaux besoins des habitants. Des boutiques sont installées dans la Grande Rue. Afin de favoriser la circulation, les rues sont prolongées au niveau des places, qui sont divisées en quatre îlots. La ville commence à se développer extra muros. La route qui se dirige vers Tours est aménagée en 1839, afin de désenclaver la cité.

Au début du 20e siècle, la ville de Richelieu est prête à entrer dans la modernité. Grâce à ses foires et à ses marchés, la cité du Cardinal devient un pôle commercial pour la région. Suite à l’installation du chemin de fer à la fin du 19e siècle, le marché aux veaux situé derrière les halles devient très prospère et fait la réputation de Richelieu jusque dans la capitale. Toutefois, les deux guerres mondiales vont ralentir ce renouveau et, en 1950, la ville de Richelieu reste une Belle au Bois Dormant. Son patrimoine exceptionnel n’a pas la place qu’il mérite.

En 1965, la ville devient heureusement un secteur sauvegardé jusqu’au rempart. Ses différents édifices sont classés « Monument Historique ». Elle renaît peu à peu de ses cendres, malgré les nombreux bouleversements socio-économiques et culturels qu’elle a connus et qui ont modifié le cours de son destin. La deuxième moitié du XXe siècle voit naître une réelle mobilisation pour réhabiliter ce chef d’œuvre d’urbanisme.

Aujourd’hui, sa mise en valeur passe par de grands projets, marqués par une volonté de souligner ce qui fait la spécificité de la ville : le réaménagement de la place du Marché (ancienne place Cardinale) en 2006-2007, qui a permis de retrouver l’esprit de la place du 17e siècle ; la restauration de l’hôtel particulier du 28 Grande Rue, devenu l’Espace Richelieu, qui permet de mieux comprendre la personnage, la ville et le château de Richelieu ; l’aménagement scénographique au Musée de Richelieu en 2011, la restauration des Halles et de l’église ces dernières années. Le Fonds de dotation de la ville de Richelieu a été créé afin de contribuer à la mise en valeur de ce patrimoine exceptionnel.

 

Bibliographie :

Marie-Pierre Terrien, Richelieu, histoire d’une cité idéale (1631-2011), Presses Universitaires de Rennes, 2011. Site WEB : ://mariepierre-terrien.com/

 



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